J’ai vu hier soir à la télévision (sur Arte) une émission d’enquête sur des phénomènes bien préoccupants. Réfutant les théories de l'évolution avancées par Darwin et admises dans les milieux scientifiques, une certaine frange du christianisme, qui se veut fidèle au récit biblique, soutient que l'homme a été créé par un «dessein intelligent». Les partisans de ce « révisionnisme » affirment donc que le monde (et l’humanité) n’a qu’environ six mille ans d’âge, sur la base des récits de la Genèse.

Ces thèses « créationnistes » sont particulièrement populaires aux Etats-Unis et George W. Bush (dont on connaît les sympathies fondamentalistes) a lui-même déclaré son soutien à ces idées. Un sondage cité par l’émission donnaît même une évaluation de trois quarts des Américains qui leur seraient sensibles ! Mais la propagande créationniste a traversé l’Atlantique. Les zélateurs du dessein intelligent ont réussi à s'introduire dans certaines écoles européennes (des exemples étaient montrés en Allemagne) et des proches de Benoît XVI, au Vatican, y seraient plutôt favorables, tout comme certains calvinistes néerlandais.

Des thèses dont l’absurdité n’a d’égale que l’arrogance de ceux qui les défendent. (Par contre il est réconfortant de voir certains prêtres les rejeter sans voir là de contradiction par rapport au dogme.) Entendons–nous : mon propos n’est certainement pas ici de dénigrer la Bible et ceux qui la lisent. Certes je ne suis pas chrétienne, ni fidèle d’aucune autre religion d’ailleurs, mais je respecte la foi de ceux qui en ont une. Il s’agit seulement de ne pas mélanger des raisonnements qui n’ont rien à voir ensemble. La science est une chose et la religion en est une autre. Nous connaissons aussi les limites de la science et il n’est pas question pour autant de l’ériger en article de foi intangible. Mais si nous prenons la religion comme base du raisonnement scientifique, il faudra rejeter tout ce qui ne « cadre » pas avec elle, aux dépens de la vérité.