« La rose est sans pourquoi,
elle fleurit parce qu'elle fleurit,
elle ne se soucie pas d'elle-même,
elle ne se demande pas si on la voit. »
(Angelus Silesius, Livre I, 289)

P1000121_small

J’ai découvert bien récemment les écrits du poète mystique Angelus Silesius. Une amie germaniste citait souvent le vers « La rose est sans pourquoi », mais j’ignorais d’où il provenait.

Angelus Silesius (1624 –1677), poète allemand, est né à Breslau, en Silésie (aujourd'hui Wroclaw en Pologne). Son vrai nom était Johann ou Johannes Scheffler, mais il est généralement connu par le pseudonyme de Angelus Silesius sous lequel il a publié ses poèmes. Elevé dans la religion luthérienne et ayant suivi des études de sciences et de médecine, il fut le médecin du duc de Württemberg-Oels. Silesius se convertit au catholicisme en 1652 et entra dans les ordres en 1661, devenant coadjuteur du prince–évêque de Breslau. Il mourut au monastère de St. Matthias en 1677.

Son œuvre la plus connue, intitulée « Le pélerin chérubinique » (NDLR : paru chez Rivages) est constituée d’une série de distiques inspirés par une sorte de panthéisme mystique, influencés par les écrits de Jakob Böhme et de ses disciples. Silesius affectionne particulièrement les paradoxes les plus subtils du mysticisme. Il développe par exemple le raisonnement suivant : l’essence de Dieu est amour ; Dieu ne peut aimer rien qui soit inférieur à lui ; mais il ne peut pas être un objet d’amour pour lui–même sans sortir, pour ainsi dire, de lui–même et sans manifester son infinité dans une forme finie : en d’autres termer, en devenant homme. Dieu et l’homme, par conséquent, ne font qu’un.

On trouve dans l’Encyclopédie de l’Agora un commentaire assez critique d’Angelus Silesius, sous la plume d’Adolphe Bossert (Histoire de la littérature allemande, Paris, Hachette, 1904, p. 246-248). Bien que fort sévère pour la « fadeur sentimentale » qu’il reproche à Silesius ( !), il donne ce raccourci intéressant : « La vraie condition du bonheur, d’après Angelus Silesius, c’est le repos absolu. Ne plus agir, ne plus vouloir, ne plus désirer même, ouvrir son âme au rayonnement de l’amour divin, tel est le but idéal de la vie. »

D’autres éléments sont présentés sur le site « Spiritualité et mystique ». Extrait :

« La concision d'Angelus Silesius contribue à servir cette pensée abrupte qui percute de plein fouet le lecteur en lui ouvrant largment l'espace intérieur, obscur et vide, où l'âme mystique erre en pleine solitude.

« Où se tient mon séjour ?
Où est ma fin ultime à quoi je dois atteindre ?
Où l'on n'en trouve point. Où dois-je tendre alors ?
Jusque dans un désert, au delà de Dieu même. »

Angelus Silesius, à l'instar des grands mystiques, héritiers de la pensée destructrice de Denys l'Aéropagite, mine soigneusement toutes les tentatives d'approche intellectuelle ou religieuse qui consistent, peu ou prou, à s'approprier le dieu de son choix. Comme Boehme qui inspira probablement son évolution spirituelle, il considère que la création est un jeu et que la créature n'est qu'un jouet entre les mains de Dieu. Cette certitude réduit nos efforts à néant ; il faut s'abandonner, lâcher prise, rendre les armes et plonger courageusement dans ce Rien qui s'ouvre sous nos pas maladroits et inconstants... »

On peut lire aussi la critique de Christian Ruby sur cette page et une série de citations sur l’excellent site de Gilles Jobin.