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Torturés par les rafales du vent, les arbres s’agitaient dans tous les sens, prêts à lâcher prise pour s’envoler dans le ciel. Une pluie fine s’abattait sur nos visages. Nous étions dans la presqu’île de Quiberon et la tempête faisait danser la mer. Ce n’était pas un slow mais plutôt un rock and roll. Les vagues venaient fracasser les rochers laissant s’envoler l’écume vers les lourds nuages. Temps d’apocalypse que tous les badauds venaient prendre en photos sur la côte sauvage. Ma femme et moi aimons beaucoup cette région que nous connaissons depuis l’enfance. Nous y revenons une fois par an comme un pèlerinage.

plouharnel_abbayesteanneQu'elle est belle la Bretagne avec ses couleurs grises et argentées, ses toits  en ardoise, ses petits chemins côtiers surplombant la mer, ses criques où l’on peut se cacher et ses voiliers qui tanguent entre deux vagues. Une odeur de varech vous accompagne tout le long de la promenade. Que faire un jour de tempête ? Nous décidons d’aller à Auray. On quitte la presqu’île et juste à la sortie de Plouharnel, je vois un panneau indiquant «  Abbaye St Anne de Kergonan, 1ere à droite ».

Il y a plusieurs années que j’ai envie d’aller visiter cette abbaye. Aujourd’hui, c’est le jour idéal. Hop, 1ere à droite et 300 mètres plus loin, le parking de l’abbaye, un vaste parking avec sur le côté un hôtel en construction. Une grande affiche indique qu’il s’agit d’un hôtel réservé aux pèlerins qui souhaitent faire une retraite dans l’abbaye. Nous entrons dans la cour et nous nous dirigeons vers la chapelle. Nous ouvrons timidement la porte et pénétrons à l’intérieur. Personne dans la chapelle. Chouette un moment pour méditer !. La chapelle  est très dépouillée : que du béton et du bois avec un grand crucifix, placé derrière l'autel, et qui nous fait face. Jésus est crucifié devant nous. Cela intimide un peu. J’aime bien rester ainsi assis dans le silence. J’entendais le vent gémir à l’extérieur quand des pas furtifs se firent entendre. Un moine passa devant nous et se dirigea au premier étage, là où se trouvait un harmonium. Il se mit à jouer un air très doux. C’était le nirvana : le vent, l’harmonium, une atmosphère propice au recueillement et le christ qui nous surveillait. Nous sommes ainsi restés un bon moment.

L’abbaye regroupe une trentaine de bénédictins et est située à une centaine de mètres d’une autre abbaye, l’abbaye de St Michel de Kergonan où vivent des bénédictines.

A St Anne de Kergonan, il ya une boutique où les moines vendent divers produits (business is business !) : livres religieux, miel, fromages, huiles essentielles. Je prends un prospectus de l’abbaye et y découvre qu’un personnage, assez connu dans les milieux spirituels, a passé une partie de sa vie à Kergonan. Il s’agit d’Henri Le Saux qui entra dans l’abbaye à l’âge de 19 ans et qui, attiré par l’Inde et l’Hindouisme, décida de quitter Kergonan pour fonder, en Inde, un ashram. Henri Le Saux est un bel exemple d’œcuménisme spirituel. Bien sûr cela ne se fit pas sans un déchirement entre ces deux courants religieux, mais Henri Le Saux persista et termina sa vie en ermite, loin des turbulences du monde. Voilà bien un chercheur qui ne fut pas sectaire !!
le sauxProphète du dialogue inter-religieux, pionnier de l'inculturation, mystique de haute volée : voilà Le Saux.
Il paraît à cet égard un précurseur dans son contact avec le monde de l'Inde, comme Teilhard de Chardin l'a été dans son contact avec le monde de la science. Même audace de pensée, même vocabulaire éclaté, chez tous deux un drame : l'écartèlement entre foi au monde et foi au Christ chez l'un, entre advaïta et foi chrétienne chez l'autre. Dans les deux cas, une expérience mystique de haut niveau

Le vent persistait et les arbres résistaient…..Trois minutes après avoir repris la voiture nous étions à Auray, une petite ville typique de la Bretagne avec, aux pieds des remparts, un tout petit port bien charmant. Et si on allait déguster une  bonne crêpe. . .

Daniel