edgar_morinDisons que, le sursaut, je l’attends. Je ne suis pas encore désespéré. J’émets une critique constructive. La situation livre des symptômes inquiétants. On retrouve les mêmes personnes dans les cabinets ministériels, qui délivrent les mêmes rapports et pensent la politique à partir des idées reçues sur la croissance et la compétitivité. Le président de la République va devoir comprendre qu’il faut changer de route et que la grande voie de vraie relance qui s’ouvre, c’est l’économie verte.
L’absence d’une pensée sur notre monde contemporain, sur la crise actuelle de l’humanité à l’ère de la mondialisation conduit à une vision de courte vue que vous reprochez souvent aux partis politiques

Les responsables politiques vivent au jour le jour. Ils n’ont plus de vue globale. Pour ne pas être condamnés à être des somnambules, il me semble utile d’élaborer une pensée politique qui sache rassembler les connaissances. Prenons par exemple la mondialisation. Elle est à la fois un processus économique, démographique, sociologique, psychologique, religieux, etc. Toutes les pensées interfèrent. Les événements aussi. En 2001, un groupe politique marginal et minoritaire, al-Qaida, parvient à détruire deux tours dans une ville, New York, et la conséquence est une déflagration mondiale. Les partis sont dans le tout mais le tout est dans les partis. Le monde est en nous. Et cet état de fait entraîne une façon de penser très différente, complexe, de long terme, pas manichéenne. Le monde a, à la fois, besoin de mondialisation (les cultures par exemple) et de démondialisation (l’agriculture). Il a, à la fois, besoin de croissance et de décroissance. Il doit développer, pour que chacun profite des progrès positifs, et envelopper pour que les gens continuent d’appartenir à une communauté. Voilà l’orientation d’une pensée politique qui pourrait amener une métamorphose, un changement de voie.

Extrait de l'interview d'Edgar Morin par le journal l'humanité, le 19 juillet 2013