Je suis une grande lectrice et j’aime beaucoup découvrir les livres que me recommandent mes amis et connaissances, dont j’estime le jugement, mais aussi les auteurs que je lis et que j’apprécie. C’est pourquoi je viens d’acheter le livre de Henry Miller « Les livres de ma vie » (chez Gallimard, collection l’Imaginaire). Quelle n’a pas été ma joie de constater que Miller – qui avait indéniablement une dimension spirituelle, en dépit des apparences – consacre un chapitre entier à Krishnamurti… (*)

krishnamurti1Voici comment il l’introduit : « Il est un nom que je n’ai pas cité et qui tranche sur tout ce qui est secret, suspect, confus, livresque et asservissant : Krishnamurti. Voilà un homme de notre temps dont on peut dire que c’est un maître de la réalité. Il est seul. Il a renoncé à plus de choses qu’aucun autre homme à l’exception du Christ. Dans son essence, il est si facile à comprendre qu’on s’explique sans mal la confusion qu’ont provoquée ses propos clairs et directs, ses actions sans équivoque. Les hommes répugnent à accepter ce qu’ils atteignent facilement. »

Miller explique ensuite qu’il a connu Krishnamurti par le livre de Carlo Suarès « Krishnamurti et l’unité humaine ». Après avoir cité un passage, il commente : « Voilà un langage dépouillé, révélateur et vibrant d’inspiration. Il perce les nuées de la philosophie qui confondent notre pensée, il rebande les ressorts d el’action. (…) Au lieu d’une course d’obstacles ou d’un piège à rats, il fait de la vie quotidienne une joyeuse poursuite. »

Ce qui n’échappe pas à Miller, toutefois, c’est le paradoxe qui veut que, comme le dit Suarès, « plus ses paroles sont claires, moins on comprend son message. » Mais il admire avant tout le dépouillement exemplaire du sage : « Le seul rôle qu’il se permette de jouer c’est le sien, celui d’un être humain. (…) A mes yeux ce qui importe c’est que Krishnamurti s’impose à nous non comme professeur, non comme Maître, mais comme homme. » On ne saurait mieux dire.

––––
(*) A noter que Krishnamurti était encore vivant quand Miller a publié ce livre, en 1957.